§1: Lyon, capitale de l’automobile?,
par Régis

 

On ne le sait pas forcément, mais l’histoire de Lyon et celle de l’automobile sont intimement liées; au tout début du 20ème siècle, l'industrie automobile lyonnaise connut ses heures de gloire, avec plus d'une centaine de constructeurs qui se sont laissés emporter, avec des fortunes diverses, par l'engouement général que suscitait ce nouveau moyen de locomotion; on retiendra les noms de Luc Court, Rochet-Schneider, Cottin-Desgouttes, La Buire, Emile Pilain, Vermorel, Audibert et Lavirotte et surtout Berliet, le plus important de la région. Par cette forte présence des locaux, on comprendra facilement que l'une des toutes premières succursales Citroën sera ouverte à Lyon, place Le Viste (Bellecour).

 

usine Rochet Schneider..hier aujourd'hui
Villa Berliet  
 

L'apparition des garages

Depuis le début du 19ème siècle, Lyon est dans un contexte de fort développement économique; outre l’activité traditionnelle de la soierie et du commerce, Lyon voit une expansion industrielle sans précédent, avec l’activité du textile d’origine synthétique, la chimie, l’agroalimentaire, la mécanique générale, et bien sûr la construction automobile.
La bourgeoisie se développe, et avec elle un art de vivre tout à fait nouveau pour Lyon; en témoignent les immeubles et hôtels particuliers de la rive gauche, l’art des cafés et brasseries, théâtres, « villas » des champs, et bien sûr des grands garages. Aux premiers temps de l’automobile, ces machines nécessitent des soins particuliers d’entretien, remisage et mise en route (d’où le terme de chauffeur, celui qui prépare et fait chauffer la voiture, puis la conduit…).

La plupart du temps, il s’agit de réutilisation de bâtiments ou entrepôts existants, mais souvent, ce sont de grandes nouvelles architectures. Quelques garages (premier sens de ce mot, sans marque ou multimarques) de cette époque demeurent, comme celui construit en 1932, situé au 67 avenue de Saxe dans le 3ème , dit garage « Bollache ». Il est composé de 9 niveaux desservis par une rampe en vis, cours de tennis au dernier niveau, belle façade art déco… rien n’est trop beau pour le nouveau culte de la voiture ! Aujourd’hui, c’est un hôtel restaurant.

Le garage « Bollache » aujourd’hui

coupe sur le garage « Bollache »

 

L'architecture Citroën

Mais depuis les années vingt, l’expansion de l’automobile est telle, et la concurrence si rude, que de nouvelles techniques de ventes et donc aussi de fabrication vont s’imposer. Le premier en France qui va « inventer » ce mode de diffusion est André Citroën. Fasciné par Henry Ford, il va importer ses grands principes qui vont dépasser la simple construction à la chaîne.
Pour s’imposer dans ce monde diffus de l’automobile, il va falloir créer un réseau de concessionnaires, donc de concessions, garages… mais aussi marquer les esprits par la publicité, les panneaux d’indications de route au logo de Citroën…. Son génie va être aussi de petit à petit imposer son image par l’architecture ; les nouveaux garages, et notamment les grandes concessions doivent être des palais dédiés à l’automobile, être modernes et à la pointe du progrès, manifester à travers un style épuré une architecture bien ancrée dans l’époque.

C’est dans ce contexte que va être édifié le grand garage Citroën de Lyon. La petite succursale (aujourd'hui un magasin ERAM) de la place Le Viste (place Bellecour) qui avait été installée dans ce lieu dès le début des années 20 était très vite devenue trop petite et inadaptée, malgré les embellissements de 1934; de plus, le prestige qu’avait acquis Citroën en moins de 15 ans nécessitait la construction d’un lieu digne de son nom.

La première succursale lyonnaise au début des années 20 avant sa modification en 1934
En 1934
ERAM (par Google Streetview. Eh oui, les temps changent)
 
Lire la suite: §2 la construction et l'ouverture en 1932 de la succursale de Lyon